Des chevaux et des hommes sous le ciel du Qinghai

Dans Chine, Voyages un billet écrit par Christine le 23 avril 2026


Un plateau d’altitude, des hommes et des chevaux.

Nous sommes arrivés là par hasard. Le reste a pris son temps.


En mai 2025, j’ai voyagé dans le Qinghai, au Nord-Ouest de la Chine. Plutôt qu’un récit chronologique, je vous propose une série de fragments : quelques moments choisis, des découvertes et des impressions qui, ensemble, racontent ce voyage autrement.

Voici la suite

Quand rien ne commence comme prévu

C’est dans une région tout simplement hors du commun que nous envisageons de nous rendre ce jour-là. Entre paysages spectaculaires, richesse écologique et héritage culturel, la source du Fleuve jaune, le deuxième plus long fleuve de Chine a tout pour nous séduire. Mais même si l’on peut voyager librement dans la province du Qinghai, ce territoire d’exception ne se laisse pas approcher si facilement. Strictement protégée pour préserver ses écosystèmes d’altitude, la zone est soumise à une autorisation spéciale. Pleins d’enthousiasme, nous tentons notre chance auprès de l’administration locale, avec l’espoir de décrocher le précieux sésame.

Hélas, notre élan s’arrête là : le fonctionnaire, très courtois, nous explique qu’il ne peut nous accorder l’accès à cette réserve si particulière.

Grand est notre déception mais nous n’insistons pas et nous mettons en quête d’un plan B pour la journée. Sur la carte, nous avisons un lac à une soixantaine de kilomètres de là et nous mettons en route avec l’idée d’immortaliser des oiseaux. La région est belle, le temps lumineux. Le beige de la terre s’associe au bleu du ciel et de l’eau pour former de somptueux tableaux. Les volatiles sont au rendez-vous mais ils ne nous occupent pas très longtemps.

Quand le hasard torpille notre plan B

Car sur la route nous avons croisé des camionnettes transportant sur leur pont arrière des chevaux recouverts de couvertures colorées. Depuis, nous n’avons plus qu’une idée, les suivre pour découvrir la raison de ces ornements festifs. Dans leur sillage, nous quittons la chaussée asphaltée et nous engageons sur une piste qui nous conduit à une vaste plaine. L’impression est saisissante : nous voilà tout d’un coup plongés dans une sorte de western asiatique.

Il y a des chevaux partout, certains attachés à un pick up, d’autres tenus par leurs propriétaires. Au pied d’un gros monticule, des voitures et des véhicules utilitaires sagement alignés, comme si tout le monde avait rendez-vous ici. Sur la pente, des hommes et des femmes de tous âges se sont installés, assis ou debout, discutant tranquillement ou observant la scène. Bon nombre d’entre eux portent un masque, autant de visages effacés dans ce décor singulier de poussière. Tout semble à la fois paisible et chargé d’attente, comme si quelque chose d’important était sur le point de commencer et que nous venions, par hasard, d’en devenir les témoins privilégiés.

Cheval du plateau, région de Yushu

ll existe dans cette région une race locale bien identifiée, souvent appelée cheval de Yushu, une variété de poney du plateau tibétain adaptée aux conditions d’altitude. Petit, robuste et endurant, ce type de cheval est parfaitement à l’aise dans ces paysages ouverts et exigeants.

Les chevaux que j’ai pu observer lors de cette manifestation présentent toutes les caractéristiques des chevaux du plateau — une silhouette compacte, une encolure épaisse, une démarche sûre — et rappellent aussi beaucoup les chevaux mongols. Difficile toutefois d’affirmer qu’il s’agit précisément d’un cheval de Yushu : les variations locales sont nombreuses et les distinctions peu évidentes sur le terrain.

Qu’ils appartiennent ou non à cette race, ils incarnent en tout cas ces chevaux d’altitude, essentiels au quotidien et profondément liés à leur environnement.

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L’immense anneau tracé dans la terre et surmonté d’un portique multicolore est de toute évidence un hippodrome improvisé. Mais, pour l’heure aucune course n’a lieu. Quant au déroulement de la journée, comme souvent en Chine, il nous est totalement inconnu. Qu’importe finalement, il y a quelque chose de réjouissant à se laisser surprendre par l’inconnu et à découvrir les événements au fil de leur apparition.

En attendant, nous ne risquons pas de nous ennuyer. Ce rassemblement, vibrant de vie et de couleurs, est une véritable fête pour les yeux. Pour les amateurs de photographie que nous sommes, c’est une occasion rêvée de saisir des moments authentiques et de nous imprégner pleinement de l’atmosphère de ce lieu.

L’ambiance est bon enfant. Certains propriétaires bichonnent leurs chevaux préparés comme de véritables stars prêtes à entrer en scène ; d’autres les font marcher ou trotter pour leur délier les jambes. Un peu plus loin, les stands de nourriture et de boisson attirent gourmands et assoifés. Par petits groupes, des hommes échangent plus ou moins bruyamment des propos animés tandis que des familles restent à l’abri dans leur voiture. Et pour cause, la météo est pour le moins capricieuse. En quelques heures, éclaircies et averses de neige se succèdent quand ce ne sont pas des bourrasques de vent carabinées qui soulèvent des nuages de poussière. On comprend mieux le port de masques.

Ce cheval va l’amble, une allure particulière entre le pas et le trot. Il se déplace en levant simultanément les deux membres du même côté.

Derrière leur masque, la plupart des personnes que nous abordons affichent des visages ouverts et lumineux. Leur sourire est spontané, elles se montrent étonnamment à l’aise face à l’appareil photo. Pourtant, il faut bien reconnaître que notre présence ne passe pas inaperçue et intrigue : deux femmes occidentales au milieu de cet univers suscitent curiosité et regards insistants. À tel point qu’ici, l’attraction principale… c’est finalement nous!

Telle est prise qui croyait prendre !

Ici, l’attraction principale… c’est finalement nous!

Cette femme n’a pas hésité à spontanément retirer son masque pour que je puisse lui tirer le portrait.

Quand l’attente se prolonge

La photo nous occupe un bon moment mais le temps passe et … il ne se passe rien! Les Tibétains ne manifestent aucun signe de d’impatience mais de notre côté, la situation est toujours incertaine et après plusieurs heures d’attente, nous commençons à nous demander s’il vaut la peine de rester là. Au moment où nous n’y croyons plus, nous percevons un semblant d’agitation. Le public descend du talus et se rassemble dans la plaine. Poussés par la curiosité, nous suivons le mouvement. Un homme muni d’un micro se met à haranguer le public en cercle autour de lui. A entendre le ton de l’orateur et à voir les visages fermés de ceux qui l’écoutent, l’heure ne semble pas être à la plaisanterie. Personne ne bronche dans un silence quasi religieux. Que leur raconte-t-il ? Difficile à dire mais d’après ce que nous avons pu comprendre, il semblerait qu’avant notre arrivée, une bagarre a éclaté. Cet évènement aurait entraîné la réprobation des autorités locales, l’arrivée de la police et la suspension du déroulement de la journée jusqu’à cet interminable sermon d’un responsable régional.

Quand le spectacle débute enfin

L’orateur finit par se taire. Le cercle se dissout et tout s’accélère. Le public rejoint ses gradins de fortune. Hommes et chevaux se rassemblent. Des cavaliers, mi-jockeys au pantalon satiné, mi-berbères des steppes, sautent sur leurs montures. Sur la tête casque de moto, de vélo ou encore turban, aux pieds des baskets ou uniquement des chaussettes (!) : leur accoutrement hétéroclite surprend mais leur habileté et leur maîtrise de l’art équestre à cru ne trompent pas. Ce sont de vrais voltigeurs!

Sur la ligne de départ, c’est la pagaille. Cet hippodrome n’est pas Longchamp, une simple corde à laquelle s’agrippent plusieurs solides gaillards remplace les stalles de départ. Les chevaux, sensés s’aligner le long de la corde, se ruent surexcités sur celle-ci, se bousculent et s’emmêlent les jambes. Certains basculent même en avant se délestant dans la foulée de leur cavalier. De longues minutes et d’innombrables tentatives plus tard, le commissaire de course jugeant enfin l’alignement satisfaisant abaisse son drapeau, les gars lâchent la corde.

Libérés, les chevaux s’élancent à bride abattue soulevant dans leur sillage un épais nuage de poussière. Le spectacle est total, la cadence élevée. Les cavaliers se démènent pour prendre l’ascendant sur les autres, certains en feront les frais laissant leur monture franchir seule la ligne d’arrivée. Et que dire de la musique rythmée et ponctuée de vibrants hennissements que diffuse un haut-parleur durant toute la course? L’effet est surprenant, c’est joyeux, ludique, très éloigné des courses occidentales à l’ambiance plutôt guindée.

Il se fait tard et la journée a été longue. Nous ne resterons pas jusqu’à la fin des festivités mais repartirons avec une immense gratitude pour ce moment inattendu, comme un joli clin d’oeil du hasard au bout du monde.

Et vous en voyage, êtes-vous aussi du genre à vous laisser surprendre par l’inconnu ?

Quelques séquences vidéo saisies à l’Iphone pour un petit montage qui, l’espace d’une minute, vous plongera d’avantage encore dans l’ambiance de cette journée très particulière. N’hésitez pas à monter le son pour une immersion encore plus authentique!


J’ai vécu cette aventure dans le Qinghai avec Laurence Chellali qui y organise des voyages sur mesures exclusifs pour photographes. Si l’envie vous prend de découvrir ce coin du globe extraordinaire, son site dédié tibet-roadtrip.photo donne toutes les informations nécessaires.

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