Sacrée cloche

A Non classé post written by on 2 juin 2026

Une forge fribourgeoise artisanale

à quelques minutes seulement du centre-ville de Fribourg. Les procédés de fabrication ancestraux et le travail fait entièrement à la main teintent l’endroit d’une ambiance hors du temps. Cette atmosphère fascine les visiteurs réguliers, dont quelques élèves hypnotisés par la dextérité de Stéphane Brügger. Assister à la fabrication de cloches, du moulage au coulage du métal en fusion, une activité artisanale perpétuée avec passion par Stéphane Brügger, l’un des six derniers fondeurs de cloches de Suisse romande.

La cloche est l’un des plus vieux instruments au monde. On l’utilisait déjà durant le culte en Chine à l’époque de la dynastie Shang (env. 1600 avant J.-C.). De même, en Europe, les anciens Romains faisaient sonner des cloches dans leurs temples et, à partir du 6e siècle, les moines itinérants irlandais et écossais répandirent les sons de cloche dans toute l’Europe pour annoncer le culte chrétien. Ce n’est qu’au Moyen-Âge que l’on commença à suspendre des cloches au sommet des églises afin d’appeler au culte et sonner les heures. Et c’est toujours le cas aujourd’hui. 

Moulage des cloches, forge des sonnailles, toupins et plaques en bronze, tout est réalisé entièrement à la main en suivant les procédés de fabrication hérités des siècles passés.

Alors qu’elles étaient près de septante en 1915,il ne reste plus qu’une dizaine de fonderies de cloches en Suisse, dont cinq en Suisse romande. Parmi elles, deux entreprises fribourgeoises: Roulin,à Treyvaux, et Brügger, à Villars-sur-Glâne, qui coule entre 500 et 600 cloches par an.

La matière première, le bronze, ou l’airain, est issue d’un alliage composé de 80% de cuivre et de 20%d’étain.Le tout est chauffé durant plusieurs heures pour atteindre 1200 degrés Celsius. Le liquide en fusion est ensuite coulé, à l’aide d’une grosse louche, dans des moules en sable argileux enfermés dansune structure métallique. «La méthode a peu changé en près de cent cin-quante ans».

Il faut distinguer ces cloches en bronze,coulées dans des moules, des sonnailles, forgées dans l’acier. Ces pièces, souvent plus imposantes, et de couleur grise,sont notamment fabriquées par Stéphane Brügger, à Villars-sur-Glâne, qui en produit environ 450 par an.

Les cloches,emblème suisse par excellence? Erreur. La production de cloches en bronze a été importée d’Italie. Elles ont fait massivement leur apparition en Suisse romande vers 1815. «Des chaudronniers du Piémont ont fondu les premières clochettes pour le bétail en Suisse. Ils faisaient la tournée des places de marché durant l’été.

Le spécialiste relève que, avant 1815, les paysans n’utilisaient que des cloches en fer.«Leur production a de nouveau explosé après a Seconde Guerre mondiale. La mode a changé. De plus, les cloches en bronze sont plus fragiles. Aujourd’hui, elles sont avant tout portées lors des grandes désalpes. Ce sont surtout des paysans attachés aux traditions qui mettent ces cloches à leurs vaches dans les pâturages.»

le four, construit par son père. Une flamme de couleur vert et orange jaillit en même temps qu’un bruit assourdissant s’empare des oreilles novices. Le spectacle peut commencer.

Il faut compter deux jours. Le premier, on moule et on coule, et le deuxième, on termine les cloches»,

l’art ancestral du moulage et du forgeage. 

Aujourd’hui encore, les cloches sont essentiellement fabriquées selon un procédé datant du Moyen-Age. Dans l’atelier se trouvent des gabarits de différentes tailles et différentes formes, à partir desquels on prépare un moule intérieur et un moule extérieur composés de sable et d’argile. Les ornementations et inscriptions qui décoreront la cloche sont délicatement imprimées dans la matière sableuse à l’intérieur du moule extérieur. On verse ensuite dans le moule un alliage de cuivre et d’étain chauffé à 1200° C. Cette opération, effectuée dans des conditions de chaleur extrême, nécessite des vêtements de protection spéciaux. Après le refroidissement, la cloche peut être démoulée et le canal qui a servi à couler le métal est cassé.

pour obtenir un bel objet propre et brillant: la cloche doit être sablée, polie sur le pourtour et brossée au moyen d’une brosse métallique. Pour finir, on fixe le battant – également moulé – qui produira le son de la cloche en venant taper sa paroi.

Lever de rideau sur le moulage. Du sable noir humidifié, mélange de quartz et d’argile, se déverse dans de grands bacs. Stéphane Brügger s’en sert pour en recouvrir un châssis, le modèle de sa future cloche également fabriqué par son père.

Qui sont ses clients? «Des paysans mais aussi des particuliers pour des anniversaires ou des fêtes. Je fais aussi des plaques commémoratives. Des entreprises lui confient également la réalisation des cadeaux de Noël de leurs employés.» Les prix? «Une petite cloche peut coûter une centaine de francs. Tout dépend aussi du prix de la courroie choisie.» Arrive-t-il à en vivre? «Après une baisse de commandes dans les années 1990, ça repart depuis quelques années. La tradition est bien ancrée, surtout parmi les petits paysans de montagne. J’espère que nous aurons encore, mon fils et moi, du travail pendant de longues années.»

Une cloche est coulée et une sonnaille est forgée. Cela prend donc deux fois plus de temps pour en fabriquer.»

La cloche est fabriquée à partir d’un alliage de bronze fondu, que l’artisan coule dans un moule. Un toupin et une sonnaille, en revanche, sont un assemblage de deux moitiés de tôle découpées, chauffées et martelées, puis soudées et rivetées.
Après avoir alimenté son feu en tiges de métal, il ouvre le four, dont une épaisse fumée s’échappe. Il fait soudain très chaud. Le fondeur enfile sa combinaison de cosmonaute pour se protéger d’éventuelles éclaboussures. «Avec l’humidité, ce mélange, c’est une bombe. Une fois, ça a explosé! Par chance, j’avais mon manteau.»
En quelques minutes et avec méthode et application, il remplit de liquide une vingtaine de moules. Le processus est délicat. La coulée doit être réalisée en une seule fois car le métal refroidit très vite. La preuve, Stéphane Brügger peut rapidement procéder au démoulage et découvrir ses bébés, de belles cloches toutes rondes. «C’est ça qui me plaît! Le matin, vous prenez votre métal, et le soir, ça sonne déjà!»
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