Sur le toit du monde 世界屋脊, un road-trip photo dans le Qinghai

Dans Chine, Voyages un billet écrit par Christine le 26 décembre 2025

Alors ça ressemble à quoi le Qinghai ? C’est sûrement la question qui vous brûle les lèvres après avoir lu mon précédent billet. C’est assurément celle que l’on m’a le plus posée à mon retour en Suisse mais relater l’ensemble de ce fantastique voyage en un seul billet serait totalement indigeste. Il fera donc l’objet de plusieurs épisodes avec pour commencer un aperçu général de notre séjour. Mais trêve de blabla, c’est parti pour l’aventure!

Le printemps ou presque…

Je suis partie en Chine en mai dernier. L’organisatrice de ce voyage, mon amie photographe Laurence Chellali, avec l’enthousiasme qui la caractérise, m’a « vendu » le printemps tibétain avec beaucoup de vertes prairies, de fleurs et d’animaux tout émoustillés par le retour des beaux jours. La réalité s’est avérée était un tantinet différente. Je ne lui en veux toutefois absolument pas car il s’agissait précisément d’un voyage test devant nous permettre de nous rendre compte de la réalité du terrain à cette période. En d’autres termes, j’étais la cliente « cobaye ». Heureusement, j’ai été prévoyante et ai emmené des vêtements chauds car nous avons vite compris que le printemps tibétain, même en mai, peut certains jours ressembler furieusement à l’hiver chez nous. Là-bas, ou plutôt là-haut, c’est la montagne, la vraie, celle qui tutoie littéralement le ciel. Il n’est pas rare que l’on se retrouve à une altitude équivalente, si ce n’est supérieure, à celle du Mont Blanc. Le toit du monde n’a pas usurpé son nom!

Nous sommes dans la préfecture autonome de Yushu située à une heure d’avion de Xining (voir billet précédent) à très haute altitude (plus de 4’000 m.). Au fil du voyage, nous avons instauré avec Laurence un petit rituel consistant à immortaliser sur notre portable notre altitude à chaque col franchi. Notre record : 4’824 m.! Alors bien évidemment, la première question qui vient à l’esprit lorsque l’on parle de telles altitudes, c’est celle de savoir comment on la supporte. Personnellement je n’ai eu aucun problème et n’ai ressenti aucun désagrément si ce n’est d’être très vite essoufflée lorsqu’il s’agissait de grimper un talus ou de courir pour prendre un photo. Mais je me rends régulièrement en montagne et suis déjà allée au-delà de 4’000 m.. Donc j’ai déjà un peu l’habitude. Nous ne sommes cependant pas tous égaux face au mal des montagnes et même si en principe, on n’y est pas sujet, rien ne nous garantit que cela ne puisse pas nous arriver un jour où l’autre. Lorsque l’on envisage un tel voyage, il faut en être conscient et se munir préventivement des médicaments nécessaires « au cas où », ou mieux encore se préparer en allant plusieurs fois s’acclimater en altitude avant le départ.

Au sommet du col Xiao Rong Duo Gai La Shan , à 4’712 m

Ceci dit, si tout au long de notre périple, nous avons essuyé plusieurs épisodes neigeux dans des conditions pas toujours évidentes (voir ci-dessous l’état des routes), nous étions quand même au printemps et n’avons pas passé tout notre séjour les pieds dans la neige. La météo nous a heureusement aussi gratifiés de conditions plus clémentes.

Le lac Donggeicuona (aussi appelé Donggi Cona) est un lac d’eau douce spectaculaire du plateau tibétain (alt. 4’090 m.)

Des routes ou presque….

Lorsqu’on se lance dans un road trip, on sait qu’on va avaler des kilomètres. Et je peux vous assurer que nous avons été repues. Les plats qui nous ont été servis nous ont régalées mais ils n’auraient certainement pas été du goût de tout le monde. Il faut assurément aimer l’aventure, ne pas craindre de sortir des sentiers battus et d’affronter des conditions parfois difficiles. La « Cheffe » Laurence, qui a des exigences bien affirmées, entend proposer une cuisine hors du commun à ceux qui la suivront. Comme il n’est pas question pour elle de servir à ses clients des visites touristiques, elle a purement et simplement demandé à notre chauffeur de nous conduire « là où personne ne va ». Déjà que pas grand monde (même pas les chinois) ne va dans cette région réputée « sauvage », je vous laisse imaginer le topo. Plus d’une fois je me suis demandée si notre chauffeur ne faisait pas erreur en s’engageant sur de simples pistes en terre ou dans la caillasse pour s’enfoncer au milieu de nulle part. Sous la pluie et le brouillard, la piste détrempée nous a plus d’une fois chahutées, effrayées parfois, mais elle nous a fait traverser une succession de véritables cartes postales faites de gorges profondes, de sommets dentelés et de panoramas époustouflants qui nous ont arraché des « oh » et des « ah » admiratifs. Les conditions météorologiques perturbées, loin de nuire à la beauté du paysage, en ont accentué le côté dramatique, ce qui n’est de loin pas pour déplaire aux photographes que nous sommes.

Le jour où un éboulement nous a obligés à revenir en arrière et que pour pimenter le tout, le véritable hiver a ajouté son grain de neige transformant la chaussée en patinoire rougeâtre, j’ai silencieusement craint le pire d’autant plus que nous traversions des contrées quasi inhabitées. Mais c’était sans compter l’habileté au volant et la maîtrise du véhicule de notre jeune chauffeur tibétain qui s’est toujours sorti des conditions les plus compliquées sans jamais se départir de sa bonne humeur. Il n’arrêtait pas de chanter sur des airs de pop tibétaine qui inondaient l’habitacle toute la journée. Depuis, je suis devenue adepte de ce genre de musique qui a le don de me donner une pêche d’enfer.

Des totems contemporains très parlants. Les chinois ont un sens de la prévention routière particulier. Au départ de chaque col ou sur des routes un peu difficiles, des carcasses de voitures sont systématiquement hissées sur des piquets au bord de la route.
Alt. 4’824 m., notre record d’altitude au passage d’un col dans les monts Bayan Har.
Cette fois, ça n’a pas passé. Notre vaillante « Trumpchy » n’a pas pu aller plus loin. Il a fallu faire demi-tour.

Où mènent ces itinéraires aventureux?

Dans un voyage, ce n’est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et les détours surtout.

Philippe Pollet-Villard

Cette porte cérémonielle de style tibéto-chinois est très probablement récente (XXIème siècle). Elle marque le début de l’espace sacré d’un monastère, la transition entre les mondes profane et religieux. Même si le monastère est encore loin et invisible, le passage sous la porte a déjà une valeur spirituelle. Le paysage lui-même fait partie du chemin religieux.

Rien n’est figé, nous avons un but bien évidemment, Laurence connaît déjà très bien le terrain, mais notre itinéraire varie au gré des intuitions et des informations dont dispose notre jeune chauffeur en qui nous avons toute confiance. Il est arrivé aussi que notre plan du jour soit chamboulé par des raisons administratives, une autorisation que l’on ne peut obtenir. Nous devons alors rebondir et improviser, ce qui nous a valu une très belle surprise (à découvrir dans un prochain billet…). La plupart du temps, nous nous laissons surprendre par tout ce que la route a à nous offrir sans nous préoccuper plus que cela de notre destination. Ici une porte monumentale posée au milieu de nulle part nous interpelle, là nous nous émerveillons d’un ciel chargé, d’un rideaux de pluie dans le lointain ou d’un coup de soleil sur la montagne. Ces paysages infinis et déserts, cette météo contrastée nous enchantent!

Du sel rouge

En fin de journée, dans le district de Nangqian, l’orage gronde sur la montagne. Le tableau est somptueux. Cette région est connue pour ses traditions anciennes, notamment la production artisanale de sel rouge. Une terre riche en fer et en minéraux lui confère cette couleur particulière. La production est ancestrale et peu mécanisée. A l’époque, le sel servait de monnaie d’échange sur les routes commerciales tibétaines et était utilisé dans certains rites bouddhistes (purification, offrandes). Dans ce climat montagnard, il était également essentiel pour la conservation des aliments . Aujourd’hui la production existe surtout comme patrimoine culturel.

Petite anecdote

Nous cherchons à acheter un peu de sel à un homme qui nous regarde l’air incrédule. Comme nous insistons, notre chauffeur (et son traducteur téléphonique) vient à notre rescousse en se marrant. Nous comprenons alors que ce sel est impropre à la consommation pour nous autres humains. Il est destiné aux animaux et donne la diarrhée!

Certains jours, les heures de route s’étirent sans fin. On sait qu’au bout, il y a quelque chose d’intéressant mais y parviendra-t-on? Rien n’est moins sûr. Emportés par notre soif de découverte et notre curiosité, nous poussons toujours plus loin tout en sachant que nous prolongeons d’autant notre trajet de retour à notre hébergement.

Un monastère perché

Après des heures de conduite, alors qu’on n’y croit plus vraiment, comme dans un film, le monastère de Tanak tant désiré se dévoile enfin. Ce site historique et culturel accroché aux pentes du Mont Dana est protégé au niveau national. Isolé et de taille modeste par rapport aux grands sites monastiques tibétains, sa communauté semble relativement modeste. Les moines nous accueillent avec le sourire et nous font visiter un petit musée dont ils semblent tirer une grande fierté. Sans traducteur, il nous est difficile de vraiment communiquer avec eux et de comprendre les subtilités de ce qu’ils nous racontent. Nous devons nous débrouiller avec un système de traduction sur notre téléphone mais chacun y met du sien et les échanges sont cordiaux.

Dans le même village, une nonne et sa mère octogénaire nous font entrer chez elles et nous proposent du thé et des friandises. Comme à chaque fois que nous sommes invités dans un foyer, leurs occupants aussi modestes soient-ils se mettent en quatre pour bien nous recevoir et nous offrir tout ce qu’ils ont à disposition. C’est vraiment touchant! Une fois encore la « conversation » est très basique. Comme j’ai pu le remarquer tout au long de ce voyage, ce qui intrigue le plus les locaux, avant même de s’informer de notre provenance ou de notre nom, c’est de connaître notre âge. Notre apparence les déstabilise, ils ont de la peine à évaluer à quelle génération nous nous rattachons. Mais il n’y a rien de très surprenant à cela, n’avons-nous pas exactement le même problème à leur égard? La seule différence, c’est qu’ils sont beaucoup plus directs et nous posent la question d’emblée sans aucune circonvolution, ce qui au départ est un peu surprenant.

Des hébergements

Durant notre séjour dans le Qinghai, nous n’avons pas été hébergés dans des familles mais dans des hôtels ou des gîtes. Parmi tous ceux que nous avons occupés, deux m’ont particulièrement marquée pour différentes raisons.

Au milieu d’une vaste plaine, à proximité de Yushu, on ne peut pas le manquer. Avec ses containers sur pilotis et ses larges baies vitrées, il a tout d’un vaisseau futuriste. A première vue, on est totalement emballé par ce gîte insolite et plutôt photogénique. A l’intérieur, les chambres jouissent d’une vue panoramique époustouflante sur les montagnes et un site de prière tout proche. Elles sont très joliment aménagées avec salle de bain et wc mais les apparences sont trompeuses car sans eau (qui a gelé) et sans électricité, tout est inutilisable. Il faut se débrouiller avec les prairies alentours où il n’y a ni arbre, ni trou, ni gros cailloux… Et impossible de se laver ne serait-ce que les mains (vive le produit désinfectant et les lingettes)! Sans chauffage, il fait presque aussi froid à l’intérieur qu’à l’extérieur. A 4’178 m. ça ne rigole pas! Nous y passons deux nuits durant lesquelles nous superposons toutes les couches que nous trouvons dans nos bagages. Inutile de dire qu’avec l’altitude et le froid, nous n’avons pas vraiment bien dormi. Les intentions et le travail consentis par la famille qui vit juste à côté pour créer ce logement sont louables mais il est beaucoup trop rudimentaire, en tous cas à cette saison. Si aucune amélioration n’y est apportée, Laurence n’y reviendra pas avec ses futurs clients.


Le second hébergement s’est avéré nettement plus confortable. L’architecture de cet ancien monastère converti en hôtel combine les éléments tibétains traditionnels avec une esthétique moderne. Il sert aussi souvent à des résidences d’artistes. Nos hôtes se montrent chaleureux et très attentifs à notre bien-être, notamment s’agissant de la cuisine. Ils se donnent notamment la peine de nous faire du pain pour le petit déjeuner alors que les chinois n’en mangent pas lors de ce repas. Les chambres sont simples mais chauffées et quel bonheur d’avoir des douches et des wc à l’étage!

Par la fenêtre de notre chambre, nous apercevons derrière. le campement un slogan environnemental mettant en avant la protection de la nature et le développement écologique dans la province du Qinghai

La route est longue, j’ai encore beaucoup à raconter mais j’espère que cette première immersion dans le Qinghai t’a intéressé-e. Je suis curieuse de savoir ce que tu en penses, alors n’hésite pas à partager ton ressenti en commentaire. J’aime beaucoup te lire et répond volontiers à tes questions si tu en as.

Et si toi aussi tu as envie de découvrir cette terre oubliée qu’est le Qinghai, je ne peux que te recommander de contacter Laurence Chellali qui y organise des voyages sur mesures exclusifs pour photographes. Son site dédié tibet-roadtrip.photo te donnera toute les informations nécessaires.

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8 Responses to “Sur le toit du monde 世界屋脊, un road-trip photo dans le Qinghai”

  1. Laurence dit :

    Ma chère Christine, J’adore ton compte-rendu ! C’est vraiment intéressant de découvrir la perception des autres alors qu’on a vécu la même aventure. Et quand en plus c’est si bien écrit, et avec de magnifiques photos, c’est un régal encore plus grand !!! En tout cas, à ceux qui liront mon commentaire, je tiens à dire que tu as été une fabuleuse « voyageuse-cobaye » avec qui je repartirai les yeux fermés !!! On attend la suite !

    • Christine dit :

      Un même voyage, des perceptions et des images différentes, c’est ce qui fait la beauté de ces voyages. Quel bonheur ce fut de partager ces découvertes avec toi, ma chère Laurence, et tu le sais, je reviendrai. Merci de m’avoir fait découvrir cet endroit unique que tu aimes tant.

  2. Béatrice dit :

    Bonjour Christine, quel magnifique voyage!!!! et toujours aussi bien rendu de ta part, tes photos et commentaires sont superbes. ! Et je rejpins Laurence sur le fait que tu es compagne de voyage très agréable. Je t’embrasse et te souhaite de belles fêtes de fin d’année. Bises

    • Christine dit :

      Bonjour Béatrice, merci d’être toujours du voyage 10 ans après l’Albanie et d’avoir laissé ces quelques mots ici. Je suis ravie que ce coin du monde t’ait intéressée. J’espère que 2026 nous donnera l’occasion de nous revoir. Plein de gros becs

  3. Paul & Helen dit :

    Hi Christine. Absolutely wonderful images and story. Your description magnificently transports the reader to this fascinating remote region. Truly inspirational (as usual). Have a fantastic 2026. Your Insta friends, Paul & Helen.

    • Christine dit :

      My dear friends,
      I am truly touched that you have taken the time to visit my blog from the other side of the world, and I am so happy you found it interesting. Thank you so much for your kind wishes. I wish you many wonderful discoveries and magnificent photographic opportunities. See you soon on Insta 🙂

  4. Super récit de ton voyage, ça donne très envie de voir les autres articles. Les paysages sont magnifiques ! ^^

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