On se fait une cabane?

Dans Altitude un billet écrit par Christine le 28 janvier 2020

2020 est déjà bien entamée et j’arrive in extremis pour vous adresser à tous mes meilleurs vœux et douces pensées. Que cette année vous apporte joie, santé et épanouissement! Pour commencer la nouvelle décennie, je vous emmène en balade. Au programme, altitude, grand air et panoramas époustouflants

C’est quoi cette cabane?

En Suisse, selon la région où l’on se trouve, on l’appelle Hütte, chamana ou rifugio. Pas besoin d’être polyglotte pour comprendre qu’il s’agit d’un refuge. Les cabanes font partie d’une longue tradition du tourisme alpin, née à la fin du 19ème siècle. Avec l’essor de l’alpinisme, il a alors fallu trouver des bases de départ pour les courses et des lieux de retraite en cas de mauvais temps. On aménagea des chalets d’alpage haut perchés, on améliora les places de bivouacs des pionniers de l’alpinisme et on construisit les premières cabanes avec des matériaux trouvés sur place. Aujourd’hui, à côté des vieux édifices fixés au rochers depuis des générations, encore nombreux, on voit de plus en plus apparaître des cabanes à l’architecture futuriste, alliant confort et prouesses technologiques. Qu’elles soient design, high tech ou plus basiques, elles séduisent toujours plus, des sportifs aguerris en partance pour des sommets aux simples randonneurs.

Ceci n’est pas une cabane, juste un bergerie abandonnée!

Au cours des dernières années, j’ai “fait” quelques cabanes, comme on dit chez nous. S’y rendre n’est pas de tout repos mais la récompense est à la hauteur des efforts consentis. Ces randonnées nous conduisent souvent dans un univers de haute montagne offrant des panoramas spectaculaires que j’ai envie de partager avec vous. Sans plus tarder, je vous emmène en Valais, dans le Val d’Anniviers, pour découvrir une première cabane.

La cabane d’Arpitettaz

Pourquoi grimper là-haut?

Le plat de la Lé et la Navisence

En septembre dernier, après trois mois de traitement médical, je devais tester ma forme et m’entraîner en altitude en vue d’un trek dont je vous reparlerai ici.

Même si durant l’été, je me suis efforcée de rester relativement active, je ne savais pas trop de quoi je serais capable. Pour ma première vraie rando de convalescente, j’ai donc choisi une cabane pas trop difficile. Au programme 4h. de marche pour 1’100 m. de dénivelé.

Le lac d’Arpitettaz

Pour commencer, on longe tranquillement la Navisence à la sortie du village de Zinal. Au Vichiesso, on traverse le torrent sur un tout nouveau pont en bois puis le sentier se raidit.

Il zigzague dans une forêt de mélèzes avant de déboucher sur un alpage où paissent des moutons. On croise une jeune bergère avec laquelle on échange quelques mots puis on continue jusqu’au lac d’Arpitettaz qui marque la moitié du parcours. Jusque-là tout va bien, je tiens le rythme de mes enfants qui m’ont fait le plaisir de m’accompagner.

La deuxième partie s’avère plus compliquée pour moi. On grimpe maintenant dans les rochers. Il fait chaud, j’ai les jambes lourdes et me sens beaucoup moins vaillante que précédemment. Me voyant à la peine, mon fils, prévenant, me déleste de mon sac à dos. Soulagée de ce poids, je repars avec plus d’entrain. Finalement, nous parvenons à la cabane dans le temps prévu. En franchissant les derniers mètres, l’émotion me noue littéralement la gorge. J’ai tenu mon pari! Quelques jours à peine après la fin de ma radiothérapie, j’ai réussi à atteindre mon but. La vie est belle, surtout ici!

Une cabane simple et authentique

A 2’786 m., nichée au coeur d’un spectaculaire environnement de haute montagne, la cabane d’Arpitettaz en impose. Savourant un repos bien mérité sur la terrasse de pierre, les randonneurs se perdent dans la contemplation des sommets environnants (Weisshorn, Besso, Zinalrothorn), hypnotisés par le monumental enchevêtrement de neige et de roche du glacier de Moming.

Les pierres du terrassement servent de pare-avalanche

Construite en 1953 par sept guides, transformée en 1982, Arpitettaz n’a rien à voir avec certaines belles des cimes futuristes qui attirent les foules. Ici pas de lignes élancées, pas de matériaux sophistiqués. Trapue, la bâtisse de pierre fait corps avec la montagne pour mieux résister aux éléments. Tel un caméléon, elle se fond dans le décor à tel point que durant l’ascension on peine à la distinguer.

En 1995, son caractère montagnard, simple et authentique lui a valu un prix Mountain Wilderness. Vingt ans plus tard, elle a subi d’importants travaux de rénovation et a été agrandie. Le confort des visiteurs et des gardiens s’en est trouvé amélioré mais elle a conservé une certaine rusticité et sa capacité d’accueil relativement modeste de 32 visiteurs.

Mountain Wilderness est une organisation de défense des Alpes. Elle s’engage pour une nature à l’état sauvage et un sport de montagne respectueux de l’environnement. 

La vie en cabane

Une cabane n’est pas un hôtel et n’offre pas le confort habituel des hébergements de plaine. Arpitettaz, comme 152 autres cabanes, appartient au Club alpin suisse (CAS). Elle est gérée par des bénévoles qui se relaient chaque semaine pendant la saison estivale de juin à mi-septembre. Ils se donnent une peine folle pour satisfaire leurs hôtes avec des moyens limités. Cuisiniers, plombiers, électriciens, ils doivent faire preuve de multiples talents et ne pas compter leurs heures de travail.

Il n’y a pas si longtemps, chacun devait apporter sa propre nourriture. Aujourd’hui, le montagnard n’a plus besoin de trimballer sa pitance. Il trouvera dans cette cabane de quoi se ravitailler et se désaltérer. A Arpitettaz, outre les petits déjeuners, les gardiens servent, le soir uniquement, des repas chauds que l’on appelle encore “repas de dépannage” (réminiscence du temps où il n’y avait pas de demi-pension).

En fin de journée, tout le monde se retrouve dans le réfectoire. Assis à de grandes tables, nous nous régalons d’une soupe, de pizzoccheri (un plat à base de pâtes, de pommes de terre, de légumes et de fromage) et même d’un dessert. Ce repas en commun est l’occasion de rencontrer des gens d’horizons très différents. Les conversations se nouent dans une ambiance très conviviale. On se questionne sur sa provenance, sur les cabanes que l’on a déjà faites, sur l’itinéraire du lendemain…

A peine la dernière bouchée avalée, ceux qui se lanceront très tôt à l’assaut d’un sommet vont se coucher. Les autres prolongent la soirée en jouant aux cartes ou en sirotant une tisane. Les longues veillées sont toutefois rares en altitude et assez rapidement, chacun gagne son dortoir (il n’y a pas de chambre individuelle) en prenant garde de ne pas déranger ceux qui dorment déjà. Après une journée bien remplie, c’est avec bonheur que l’on se glisse dans sa couchette douillette pour une nuit que l’on espère réparatrice (enfin si ses voisins ne ronflent pas trop fort…..)

Les couchettes sont équipées d’oreillers et de duvets, il n’est donc pas nécessaire d’emmener un sac de couchage. Il faut par contre penser à se munir d’un drap en soie ou en coton (“sac à viande”), le linge de lit ne pouvant pas être lavé après chaque nuitée). Une lampe frontale et des bouchons d’oreille sont toujours bien utiles lors d’une nuit en cabane.

Au petit matin, impossible de faire la grasse matinée. Certes je n’ai pas très bien dormi – l’altitude et la promiscuité y sont certainement pour quelque chose – mais surtout j’ai trop envie de voir le soleil allumer les sommets pour flemmer au lit. Je m’habille à la hâte pour ne pas rater les belles lumières de l’aube et me précipite à l’extérieur. La fraîcheur qui me saisit n’entame pas mon enthousiasme. Dans l’air limpide, les montagnes paraissent si proches que l’on a l’impression de pouvoir les toucher du doigt. Le ciel qui s’illumine peu à peu les nimbent de sublimes nuances de rose. Il se dégage de cet impressionnant cirque de montagne une énergie palpable, encore renforcée par les grondements sourds du torrent en contre-bas. Savourant la beauté brute de l’instant, littéralement ancrée au coeur de cet environnement minéral préservé, je me sens terriblement vivante.

Une heure plus tard, régénérée par cette balade matinale, je rentre prendre mon petit déjeuner avant de libérer les dortoirs. On ne saurait s’attarder. Le gardien et ses aides s’affairent déjà à ranger et nettoyer les lieux pour mieux accueillir leurs prochains hôtes. C’est le moment de redescendre. J’ajuste mon sac à dos après avoir pris soin d’y fourrer mes déchets et je m’en vais presque à regret. En chemin, je me retourne pour jeter un dernier coup d’oeil à la petite cabane de pierre en me promettant d’y revenir bientôt.

Et en hiver ?

La cabane reste ouverte durant la saison hivernale mais elle n’est pas gardiennée. En tout temps, les montagnards peuvent s’y réfugier et y trouver tout le matériel nécessaire (matelas, couvertures et duvets, poêle et bois, vaisselle et couverts, casseroles, caquelons à fondue et réchaud). Pour avoir de l’eau, il leur suffit de faire fondre la neige.

Les tarifs des nuitées à Arpitettaz sont variables. Il en coûtera 32 frs. à un adulte (sans les repas). Des réductions sont appliquées aux jeunes et aux membres du CAS. Un “repas de dépannage” se monte à 24 frs et le petit déjeuner à 8 frs. Attention, la réservation préalable est obligatoire!

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20 Responses to “On se fait une cabane?”

  1. Danielle dit :

    Quel bonheur de te lire de nouveau !
    Que 2020 soit une douce année pour toi, remplie de bonheur, d’une santé retrouvée et de nombreux émerveillements que tu partageras généreusement, comme toujours, avec nous.
    Merci pour cette balade vivifiante et ces photos magnifiques – un gros coup de coeur pour les noir et blanc.

    • Christine dit :

      Bonsoir Danielle et merci pour tes voeux qui me vont droit au coeur! Je suis très heureuse également de te retrouver dans mon petit coin de net 🙂 A bientôt

  2. Gine dit :

    Une belle balade dans le pays qui est le mien! Je ne peux plus “monter” comme on le dit ici, mais je le regrette et j’admire ta détermination! La cabane ne me fait pas rêver – la promiscuité me fait fuir! – mais les paysages, si! Paysages de pierres, de lichens, et les reflets bleus de la glace… Merci!

    • Christine dit :

      Je ne te savais pas valaisanne Gine. Es-tu anniviarde aussie? C’est vrai qu’il ne faut pas être trop délicat pour dormir en dortoir mais juste pour une nuit c’est supportable. Et ce jour-là, le nôtre n’était pas complet! Merci pour ton petit mot.

      • Gine dit :

        Non, les origines sont à Conthey, mais j’ai vécu à Sion… et nous montions très régulièrement dans les mayens.! Une proximité de la montagne qui me manque… Bonne soirée!

  3. Laurence dit :

    Te relire me met toute en joie Christine ! Tu racontes si bien … et puis sentir ton combat entre chaque ligne, c’est un peu comme vivre cette randonnée à tes côtés (et ça tu sais que j’adorerais 😉 ). Merci infiniment pour cette balade dans vos montagnes si belles ! Pour l’anecdote, chez nous aussi on parle de cabanes mais je t’assure que ce que tu nommes rudimentaire s’apparente à grand luxe dans nos vallées pyrénéennes restées si sauvages !!
    Je t’embrasse.

    • Christine dit :

      On la fera peut-être un jour ensemble cette rando Laurence, j’en serai vraiment très heureuse. J’ai un peu exagéré en disant que cette cabane est rudimentaire, disons qu’elle est simple à côté de certaines autres très high tech. Quant à tes cabanes et sauvages vallées pyrénéennes, elles me font envie… L’herbe est toujours plus verte…. Plein de becs.

  4. Dédé dit :

    Plaisir de te retrouver. De belles photos et un récit passionnant. On a aussi mal aux jambes quand on arrive au sommet mais que c’est beau! Par contre, j’ai eu un peu de peine à lire le texte quand le fond est noir. et qu’il déborde sur les photos. Un problème de mise en page peut-être? J’ai bien sûr quelques cabanes à mon actif et chaque fois, c’est la même chose. Qu’Est-ce qu’on y dort mal!!!! 🙂 Il y a toujours un barbu qui sent des pieds et qui ronfle très fort. 🙂 Mais comme le matin est beau, quand l’air est pur et que le soleil commence à caresser les sommets environnants. Merci pour ce beau partage. Bises alpines et bonne suite à toi.

    • Christine dit :

      Bonsoir Dédé, c’est sympa d’avoir transpiré à nos côtés 😉 Je ne comprends pas ton problème de mise en page. Il n’y a pas de texte sur fond noir… Et j’ai contrôlé le rendu sur différentes machines, tout est en ordre. Peut-être s’agit-il de ton navigateur qui n’est pas tout à fait à jour. A bientôt pour d’autres balades mais promis, on ne dormira pas toujours en cabanes.

  5. Anne dit :

    Oui, tu as bien fait de te lever tôt! Et cette nouvelle mise en page est particulièrement jolie!

    • Christine dit :

      C’est fou comme je me lève facilement quand j’ai envie de faire des photos ! Merci Anne d’avoir été sensible à la mise en page. J’ai passé tellement de temps à essayer de comprendre comment fonctionne ce système de bloc (Gutenberg) et à obtenir quelque chose qui me convienne. J’ai encore des progrès à faire mais j’avance.

  6. Pastelle dit :

    Merci pour cette note que j’ai lue avec beaucoup d’attention et d’émotion, j’ai toujours aimé ta manière de raconter, et je ne connais que des toutes petites cabanes dans les Pyrénées, où on s’est juste arrêtés pour un repas quand il pleuvait. 1100 mètres de dénivelé, ce n’est pas rien ! J’ai été heureuse de lire toutes les explications sur l’organisation des cabanes où on dort. Tu en as fait de belles photos aussi.
    On sent ta joie d’y être arrivée, on savoure tout comme toi encore mieux la beauté de la nature ensuite.
    Plus qu’à attendre ta prochaine balade, ce treck a venir.
    Belle année à toi, affectueusement.

    • Christine dit :

      Quel plaisir de te lire ici Pastelle! Oui pour moi c’était une vraie victoire d’avoir pu atteindre cette cabane et je suis ravie que tu aies été intéressée par ce billet. Je ne connais pas du tout les Pyrénées et espère bien découvrir un jour ces petite cabanes dont tu me parles.. Quant aux compte-rendus du magnifique trek que j’ai fait en novembre dernier, ils arriveront bientôt mais avant je vais vous parler de deux ou trois autres escapades que j’ai faites au début 2019, avant d’être malade… A très bientôt et bien amicalement.

  7. Je ne connaissais pas ce concept, je connais bien évidemment les refuges que l’on a en France. Les paysages sont sublimes par chez toi, comme d’habitude et tes photos également ! 🙂

    • Christine dit :

      J’ai hâte de vous montrer d’autres cabanes dans des lieux tout aussi magnifiques. Et tu as raison, les Alpes, pas seulement suisses, sont de toute beauté. Merci de ta visite ici et à bientôt.

  8. Phil dit :

    Salut Christine,
    un petit bonjour en passant, je prends le temps pour une fois
    Tu donnes bien envie de rechausser et de partir plusieurs jours sans redescendre sur terre, grâce à ces refuges cabanes
    Je n’ai malheureusement plus mes jambes de 20 ans mais surtout je ronfle, je ronfle bruyamment et je me souviens que cela m’était insupportable
    Encore une fois je te délègue mes pas et compte bien voir de nouveau tes photos
    Phil

    • Christine dit :

      Salut Phil,
      Et bien ta visite me fait particulièrement plaisir 🙂 Je n’ai plus non plus mes jambes de 20 ans mais mes pas, boostés par ceux que tu me délègues, vont assurément me conduire dans d’autres cabanes que je me réjouis de te faire découvrir. A très bientôt alors!

  9. Anne G dit :

    Quelle belle escapade tu nous proposes ! Rien de tel que des paysages de montagne, explorés avec son fils, pour effacer les soucis de santé. On se sent relié à soi-même et à plus grand que soi. J’aime toujours autant tes récits. Et quelle belle mise en page ! (Il faut que je me penche sur la question moi aussi…) Je t’envoie des bises de Marseille.
    Anne

    • Christine dit :

      Oh oui, il n’y a rien de mieux que la marche et l’effort physique pour se laver la tête de tous ses soucis! Merci chère Anne d’être toujours fidèle au rendez-vous. Quant à cette mise en page, elle m’a fait transpirer mais j’apprends petit à petit et je suis heureuse que tu y sois sensible. Très belle fin de semaine à toi et bises helvètes.

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