Danse avec la mort

Dans Andalousie un billet écrit par Christine le 21 août 2011

Avant de partir en Espagne, je faisais ma maligne en clamant haut et fort à qui voulait l’entendre que je ne manquerais pas d’assister à une corrida. Futile, je ne pensais alors qu’aux subliiiimes photos que j’allais pouvoir faire à cette occasion. Je me voyais déjà immortaliser la liesse populaire, capturer la cambrure parfaite du matador qui agite sa muleta dans son corps à corps avec le taureau, me laisser éblouir par son traje de luces (habit de lumière), saisir le jeu des picadores à cheval…

 

Heureusement, passé le temps de la fanfaronnade est venu celui de la réflexion. L’esthétique est une chose, l’éthique en est une autre. En fouillant le net à la recherche de billets, je me suis demandée si j’étais prête à assister à un tel spectacle qui mêle apparats, fatalité et incertitude, mais dont l’issue est connue d’avance. La corrida n’est ni un sport, ni un jeu, ni un sacrifice. Elle n’est pas tout à fait un art ni vraiment un combat. Elle rend la tragédie réelle, parce qu’on y meurt pour de bon, mais la lutte à mort n’en est pas moins théâtrale parce qu’on y joue sa vie en costumes de lumière.  Et au-delà de l’éthique, plus simplement, ma sensibilité pourrait-t-elle endurer tant de sang et  de cruauté?

Ne dit-on pas que poser la question, c’est déjà y répondre?

Vous l’aurez compris, je n’ai pas assisté à une corrida mais j’ai visité les arènes de Ronda qui sont parmi les plus anciennes (inaugurées en 1784) et les plus respectées au monde. C’est dans cette ville qu’ont été établies les règles de la corrida moderne. Le style rondeno est digne, austère et tout en maîtrise paraît-il, un style très éloigné des arabesques spectaculaires et exagérées des toreros sévillans. Rares sont cependant ceux qui peuvent se vanter d’y avoir assisté à une corrida car il n’y a qu’une seule corrida goyesque chaque année pendant les fêtes début septembre. Les billets disparaissent en quelques heures et au marché noir, ils se négocient à plusieurs centaines d’euros. Des dizaines de personnes n’hésitent pas à passer la nuit devant les guichets pour être sûrs d’avoir une place.
Je n’ai pas assisté à une corrida mais au coeur de l’arène, troublée, je n’ai eu qu’à fermer les yeux pour entendre la clameur enfler dans les gradins, pour voir le corps ébène de l’animal s’effondrer sur le sol rougi et sentir l’âcre odeur du sang chaud sur le sable. Et cela m’a largement suffit….

Les trois premières images sont des aquarelles-cartes postales que j’ai scannées et interprétées à ma façon, par l’application de plusieurs textures destinées à mettre en évidence le côté sombre et sanguinaire de la corrida.

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20 Responses to “Danse avec la mort”

  1. AniLouve dit :

    J’aime beaucoup ton travail sur les aquarelles.
    Quant à me mobiliser pour ou contre les corridas, ce n’est pas dans mes priorités.

  2. Spiruline dit :

    @anilouve: merci! Mon but n’est pas de polémiquer sur la corrida, uniquement d’expliquer mon questionnement et mon ressenti.

  3. Ton texte est excellemment écrit!!!

    Je n’ai aucun jugement partial et inconditionnel sur la Corrida. Ni contre, ni pour.

    Je sais bien que tu ne nous demandes aucun positionnement.

    Bonne journée!!
    Bises

  4. haude dit :

    J’ai tout de suite repensé à la chanson de Francis Cabrel, sur le sujet. Tes mots sont justes et je rejoins tout à fait ton ressenti.
    Magnifique témoignage.
    Bonne semaine, @bientôt

  5. J’aime beaucoup ton traitement d’image, si pictural, bravo.
    J’aime beaucoup ton texte qui nous emmène complètement vers la corrida, peut-être beaucoup plus que si tu y avais été (paradoxe? Dire non pour dire oui…)
    J’aime beaucoup les images de ces arènes qui montrent l’absence, et donc, indique l’intensité de la présence.
    Merci pour le voyage!
    Bises et bonne journée.

  6. Ray... dit :

    Bonjour, et bien moi, je haie ces pratiques, je haie ces spectacles de mort…Ni plus ni moins que de la barbarie. Très, ou trop sensible peut être. Cependant superbe texte.

  7. Sof dit :

    magnifique cette danse avec la mort… mais comme toi,je ne pense pas pouvoir assister à un tel combat.

  8. Laurence dit :

    Bonjour Spiruline ! Enfin définitivement rentrée pour la saison, je découvre ton magnifique travail sur ces aquarelles !!! Par contre, difficile travail de réflexion que tu nous demandes là, entre la rentrée et les 35° à la maison, j’ai le cerveau un peu ramolo …

  9. ben dit :

    Ton travail sur les textures est, une fois de plus, vraiment réussi! Quand aux photos des arènes: la gestion de la luminosité est vraiment super! Dans un endroit aussi lumineux, ça n’a pas dû être facile.

  10. Camille dit :

    Je ne peux que plussoyer, tes aquarelles sont magnifiques ! Quant à la corrida, rien qu’y penser me fait froid dans le dos. “Je ne pensais pas qu’on puisse autant s’amuser autour d’une tombe.”
    Bonne semaine !

  11. Isa dit :

    Ronda est probablement , avec Séville, l’endroit ou il faut voir une corrida mais effectivement il faut y aller avec la même ferveur qu’un aficionado et vibrer avec l’arène sinon il ne restera que l’image d’un spectacle plutôt barbare…

  12. Spiruline dit :

    @Chrys: merci d’avoir compris mon message. Bises à toi aussi!

    @Haude: mais oui, pourquoi donc n’ai-je pas pensé à cette chanson? Du coup je l’ai réécoutée, tu as raison elle colle parfaitement. Merci de m’avoir rafraîchi la mémoire.

    @Terre indienne:quelle sensibilité,je suis scotchée par ton analyse… C’est un vrai plaisir de lire tes comm.

    @Ray: ce genre de spectacle ne fait pas partie de notre culture et je comprends tout à fait qu’il puisse heurter les sensibilités. Je n’y adhère pas non plus.

    @Sof: comme l’écrit très justement Isa ci-dessous, il faut y aller avec la ferveur de l’aficionado et cette ferveur, je suis loin de l’avoir au fond de moi.

    @Laurence: Meuhhhh non, Laurence, je ne suis pas vache au point de te demander une dissertation sur le sort des taureaux par une telle chaleur. Je voulais juste partager avec vous mes prises de tête de vacances 😉

    @Ben:n’en jette plus mon gars, sinon je vais finir rouge comme une tomate andalouse! La luminosité dans les arènes était effectivement très intense (je n’ai pas réussi à m’y rendre avant 10h30) mais sur ce coup, je reconnais que mon Nikon a fait du bon boulot.

    @Camille: alors on ne va retenir que l’esthétique et oublier tout le reste. Belle semaine à toi aussi.

    @Isa: Séville et Ronda sont effectivement des must pour les spécialistes!

  13. Marie dit :

    Elles sont magnifiques ces aquarelles … même si on adhère pas forcément au thème, l’expression, le rendu par ton travail est très réussi.

  14. Akaruiphoto dit :

    Jolies silhouettes et traitement surtout sur la 1ere.
    Je suis assez contre les corridas ou autre jeu entrainant la mort d’un participant (combat de coqs en Asie). Que le torero connaissant la psychologie du taureau fasse quelques passes spectaculaires pour une montee d’adrenaline serait largement suffisant.

  15. Je ne pense pas que j’aurai pu visualiser une corrida moi non plus, bien que j’imagine parfaitement que le côté artistique puisse attirer les photographes.
    Je préfère largement ta visite aux arènes et je me laisse bercer par le passage où tu fermes les yeux pour ressentir les ambiances passées remonter à tes oreilles.
    Superbe, comme toujours. Tant le texte que la mise en images.
    Bisou et bonne journée.

  16. mhelene dit :

    Jolies photos !! C’est pour moi une priorité de mobiliser contre cette souffrance des animaux voulue par les hommes !

  17. Spiruline dit :

    @Marie: Merci Marie. Le travail avec les textures est toujours un peu expérimental en ce qui me concerne. Je tâtonne, j’essaie plusieurs possibilités jusqu’à ce que j’obtienne un rendu qui me convienne. Parfois, ça ne donne rien du tout…

    @Akarui:j’adhère tout à fait à ta vision d’une tauromachie non mortelle, sans aspect sanglant. Quant aux combats de coqs, je n’irais pas non plus y assister!

    @Peggy: C’était une vision assez forte effectivement, également en visitant “les coulisses” des arènes, les boxes des chevaux, les couloirs compartimentés par lesqueles passent le taureau avant d’entrer en scène. En l’occurrence, tout était propre et silencieux mais on imagine sans peine l’odeur animale,l’excitation et le bruit qu’il doit y régner un jour de corrida. A bientôt

    @Mhelene: voir des animaux se faire blesser et tuer me heurte également!

  18. valy dit :

    Ton traitement des aquarelles est sublime. J’aime beaucoup…

  19. Aurore dit :

    J’aime bcp la sincérité de ton texte, sa sensibilité aussi. Je suis absolument incapable d’assister à une mise à mort programmée d’un animal qui n’a rien demandé.
    J’ai visité aussi les arènes de Ronda, et je rejoins ta conclusion : l’imaginaire suffit amplement (pour se dire aussi qu’il serait temps, comme en Catalogne, d’interdire les corridas, c’est mon avis – et j’le partage… ;))

  20. Marie dit :

    eh ben, si on m’avait dit que j’apprécierais autant des images de corridas… superbe travail sur les tonalités d’orange et les postures dans les aquarelles.
    Bravo !

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