Yangon ou quand la mousson joue les prolongations

Dans Birmanie un billet écrit par Christine le 24 novembre 2013

Depuis de nombreuses minutes, j’ai le front collé au hublot. Mes yeux scannent avidement le paysage qui déroule ses ondulations verdoyantes à perte de vue, à peine ponctuées ça et là d’habitations en bois et de l’éclat doré d’un stupa. Quelques cours d’eau inscrivent sur ces pages paysagères leurs boucles brunâtres comme les courbes arrondies d’une écriture sacrée. Après 12 heures confinés dans le ventre d’acier d’un A380 et une brève  escale dans l’aéroport tentaculaire de Singapour, nous remontons en 2 heures et demi vers le nord en direction de notre destination finale. Il est 9 heures du matin, nous voyageons depuis 24 heures, lordque l’avion se pose enfin à l’aéroport de Mingaladon.

Le dépaysement est complet. La température (32°) et l’humidité ajoutées à la fatigue du voyage et au décalage horaire nous emplissent d’une douce torpeur.  Nous ne réalisons pas encore vraiment que nous sommes arrivés à Yangon. Après quelques contrôles sommaires (rien à voir avec ceux que l’on doit subir à l’arrivée aux Etats-Unis par exemple), nous récupérons nos bagages et faisons la connaissance de San San, la guide francophone qui nous accompagnera pendant notre séjour. Elle nous conduit à notre hôtel, une charmante maison aux accents coloniaux dans un quartier résidentiel de Yangon. A peine le temps de passer sous la douche que déjà nous partons à la découverte de cette cité où, dans mon esprit, se brouillent pêle-mêle des images d’uniformes et de moines errants, de pagodes majestueuses et de bâtiments d’un autre temps… La part de fantasme n’est finalement pas si grande, mais Yangon c’est aussi une ex-capitale de presque cinq millions d’habitants qui accède à la modernité à la vitesse grand V depuis quelques années, une cité de plus en plus cosmopolite où se côtoient les influences passées et récentes.


Sur le Lac Royal (artificiel), le restaurant Karaweik,  une double réplique en béton d’une barque royale, datant des années 1970.

Le temps est gris. La mousson qui d’ordinaire se termine aux alentours du 15 octobre a, cette année, décidé de jouer les prolongations. Est-ce un effet du dérèglement climatique? Toujours est-il qu’en cette fin octobre, elle continue à déverser à intervalles irréguliers des trombes d’eau sur la tête des Birmans imperturbables.


 Au coeur du quartier chinois

Dans la ville la circulation est intense. Première surprise, si les véhicules circulent à droite comme chez nous, le volant est aussi à droite. Mieux vaut ne pas être trop peureux en voiture, surtout en cas de dépassement. Les piétons ont intérêt à être très vigilants. Les automobilistes ne s’arrêtent en aucun cas pour les laisser passer, ce qui m’a valu deux ou trois frayeurs lors de mes déambulations urbaines. Quant aux scooters et autres moto, pourtant très nombreux dans le reste du pays, ils sont purement et simplement interdits à Yangon pour des motifs plutôt nébuleux.

Nous nous contenterons de prendre succinctement le pouls de la ville, en commençant par la visite de la Pagode Sule et de son stupa en or de 48 mètres de haut autour duquel les anglais ont tissé leur réseau de rues à angles droit.


La Pagode Sule


A la sortie de la Pagode Sule, la présence de ces hommes en uniforme rappelle que le pays est toujours soumis à la dictature militaire!

Nous visiterons le quartier chinois et le vaste marché couvert de Bogyoke,


  Marchande de fruits au marché de Bogyoke

sans oublier l’immense Bouddha couché de Kyauk Htat Gyi.


La pagode abrite un bouddha couché de 70m de long qui porte sur ses pieds les 108 marques sacrées qui le distinguent du commun des mortels

Les pagodes, les vêtements des birmans, le défilé des moines dans leur toge pourpre, tout nous interpelle. Mais il y a également toutes les questions que nous posons à notre guide sur ce bouddhisme omniprésent, cette philosophie  si différente de la nôtre que nous allons apprendre  mieux connaître au long des 15 prochains jours. L’immense patchwork d’environnements et d’atmosphères qui constitue la ville de Yangon, ses relents décrépis de colonialisme, ses crachats rougis sur les trottoirs, sa circulation incontrôlée  finit par avoir raison de notre résistance. Nous nous endormons dans le taxi  qui nous ramène à notre hôtel et nous effondrons sur nos lits à 19 heures pour entamer d’une traite une très longue et réparatrice nuit de sommeil.

 

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26 Responses to “Yangon ou quand la mousson joue les prolongations”

  1. AniLouve dit :

    24 heures de trajets : et donc un séjour qui se mérite ! Mais les premières images sont prometteuses et dépaysantes.

    • Spiruline dit :

      Merci aniLouve. J’ai tant de photos et de sujets à partager avec vous que je pense que nous allons passer encore quelques temps en Birmanie. Il ne me reste plus qu’à trouver du temps pour tout cela…

  2. Anonymous dit :

    Merci maman pour ce récit, je suis très curieuse de lire la suite.. ces explications sur le bouddhisme me plaisent j’espère qu’il y a en aura d’autres. très belles photos aussi qui son très colorées malgré la pluie environnante…

    • Spiruline dit :

      Oh la la fillette, je ne vais pas être en mesure de te faire une dissertation sur le bouddhisme. Par contre, je suis sûre que je vais te faire découvrir beaucoup de choses que tu n’as pas encore vues 😉

  3. ronan dit :

    On fait du tourisme par procuration avec toi 🙂
    Connais-tu « Chroniques birmanes » ? Bd réalisé par G.Delisle, auteur accompagnant sa femme logisticienne pour médecins sans frontières dans différents pays. Son regard et son esprit de synthèse sont très intéressants.

    • Spiruline dit :

      Alors en voiture Simone pour la suite du voyage 😉 Je connais les Chroniques birmanes mais je les ai pas encore lues. Je me les réserve pour les fêtes de Noël. Je me réjouis de découvrir son regard d’expat qui sera forcément différent de celui de la touriste que j’étais. J’ai par contre lui la BD de Cosey, « Elle ou les mille et unes lucioles « qui m’a littéralement transportée sur le lac Inle que j’ai tant aimé. L’auteur connaît parfaitement ce pays.

  4. Awena Robert dit :

    Heureuse de découvrir la Birmanie à travers ton blog. J’ai deja hate de voir la suite. Dans cette série, les photos qui me plaisent le plus parce qu’elles dégagent une atmosphère locale sont celles avec le jeune homme au T-Shirt Vert et celle avec les 2 militaires. Superbe.
    A bientôt.

  5. Laurence dit :

    Bravo, super reportage qui nous fait faire le tour du quartier et nous emmène à la rencontre de ses habitants. Elles sont vraiment chouettes tes photos. Et quand même, celle du commissariat est une perle 🙂

    • Spiruline dit :

      Chouette si la visite t’a plue. S’agissant de la photo des deux militaires, je dois dire que juste après avoir déclenché, je me suis dit que j’avais peut-être été un peu gonflée. D’autres ont eu des ennuis pour moins que ça. Heureusement que j’étais munie de mon petit lumix beaucoup plus discret que mon réflex et que j’ai été très rapide. Je me demande encore si le type derrière le rideau a capté que je le photographiais…

  6. Marie dit :

    Tu as dû te régaler, quel dépaysement ! … personnages, couleurs, tes images sont belles, merci de les partager avec nous 😉

    • Spiruline dit :

      L’Asie en général est un vrai paradis pour les photographes et les Birmans en particulier ont été très coopérants. Je dois tout de même dire que certains touristes abusent parfois de leur gentillesse en leur collant leur super téléobjectif sous le nez. J’en ai parfois été gênée pour eux… A bientôt pour la suite.

  7. app dit :

    Je suis allé récement à Singapour et Bali et le dépaysement fût total, je pense aussi que tu garderas à jamais un excellent souvenir de ton periple asiatique … Grand bravo pour ces prises !

    • Spiruline dit :

      J’avais beaucoup aimé Bali qui était ma première découverte asiatique il y a quatre ans. Je me réjouis de découvrir les photos que tu auras pris sur cette île. Merci de ta visite.

  8. On a la sensation de découvrir la ville en meme temps que toi. une certaine effervescence s’en dégage! J’aime beaucoup la photo du jeune homme qui boit sa boisson de manière imperturbable!
    Et puis je dois dire que je suis admirative: vous avez fait beaucoup de choses pour une première journée!

    • Spiruline dit :

      effectivement la première journée fut intense. La suite le fut tout autant. Nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer, il y avait tant à voir. Je suis heureuse si mes photos traduisent toute la vie grouillante de cette ville. A bientôt pour la suite.

  9. Gine dit :

    Deux articles, et déjà, l’impression d’avoir tout à apprendre de ce pays dont on croit savoir beaucoup. Un dépaysement complet: merci!

    • Spiruline dit :

      Et je suis loin d’avoir tout appréhendé et compris de ce beau pays. Ce ne sont que des fragments. Je me réjouis de vous en montrer davantage, dès que j’aurai un peu de temps, ce qui est difficile en cette période. Merci de ton comm, Gine.

  10. evelyne dubos dit :

    Le voyage commence… je m’installe et découvre au fil des mots et des images et j’aime déjà. 🙂
    J’adore celle des hommes en uniforme avec celui qui sieste et le bazar ambiant.

  11. Anne Jutras dit :

    Bonjour Spiruline, quel voyage et dépaysement fabuleux! Tes images et les mots qui les accompagnent nous donne un bref aperçu de tourbillon de couleurs et de culture. 15 jours de bonheur et de découverte. Je ne sais pas si tu es encore là-bas, ou de retour, mais je te souhaite un beau voyage!

    Tourlou xx

  12. retriever dit :

    C’est beau l’Asie, et dépaysement assuré. Bonsoir belge

  13. J’adore partir en voyage avec tes billets, j’ai hâte de lire (et de regarder) la suite.

  14. les cafards dit :

    bravo, superbe reportage comme on aime ! Du vécu, du vrai et c’est qui fait le charme ici !
    PS : ce bouddha est vraiment impressionnant

  15. C’est Pastelle qui doit suivre tes billets avec attention!!!
    J’aurais bien besoin d’un voyage dépaysant pour déconnecter du quotidien parfois bien pesant. tes images sont une belle fenêtre vers le rêve.

  16. Spiruline dit :

    Un grand merci à vous tous de vos réactions. Nous n’en sommes qu’au début du voyage. Je me réjouis déjà de vous faire découvrir un peu plus de ce magnifique pays et surtout ses habitants que j’ai eu énormément de plaisir à photographier. A très bientôt.

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