A la rencontre des ethnies Ann et Akha (1)

Dans Birmanie un billet écrit par Christine le 24 juin 2014

Sous un ciel gris ardoise, la piste défoncée par les abondantes pluies des dernières semaines  déroule son tapis brun rouge dans un paysage luxuriant. Nous avons quitté le marché de Kengtung depuis une quinzaine de minutes et roulons cahin caha en direction des collines, dans une région qui, jusqu’à l’an dernier, était fermée. En témoignent les barrières de bois entremêlé de barbelés d’un ancien check point. La « route » traverse quelques villages sommaires et s’enfonce dans la campagne qui semble inhabitée. Pourtant,  le trafic est étonnamment soutenu. Des motos, des camionnettes et des piétons surgis de nulle part se hâtent vers on ne sait où. Notre petite voiture peine à avancer et menace à tout moment de s’embourber. Elle zigzague pour éviter les nids de poules et les buffles paisiblement couchés au milieu de la chaussée.

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 Plus loin, c’est un troupeau de canards menés à la baguette par deux paysans qui ralentit son avancée.

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Après une heure et demi de trajet, nous arrivons à un hameau qui marque la fin de notre périple motorisé. Nous poursuivons à pied à travers des rizières soigneusement entretenues.

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Cette campagne que j’imaginais peu peuplée se révèle alors grouillante de vie. Ici, un garçonnet surveille des buffles d’eau, là trois paysans se rendent dans leurs champs. Au détour d’un bosquet d’arbres, un jeune homme à califourchon sur son bestiau, un transistor à la main, écoute de la pop coréenne très en vogue en Birmanie.

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Les contreforts montagneux de l’état Shan succèdent bientôt aux rizières. La déclivité n’est pas très importante mais la boue rouge terriblement gluante du sentier complique notre ascension. Peu sportive, notre guide San San est à la traîne tandis que notre guide local Ah Gar caracole en tête. L’atmosphère est humide et chaude. Au fur et à mesure que nous montons, nous découvrons à perte de vue un paysage de jungle  tout en creux et en bosses. Au bout d’une heure de marche, nous entendons des rires et des voix avant d’apercevoir les premières maisons sur pilotis d’un village de la minorité Ann accroché au flanc de la colline.

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Un gros cochon noir et quatre petits gamins, dont un entièrement nus, nous regardent passer. Les enfants nous font signe mais demeurent à distance.  Surgissent alors des fillettes, de dix ans au plus, nus pieds, des bébés noués dans une écharpe sur le dos. La pente est tellement savonneuse qu’elles sont contraintes de se cramponner aux fragiles barrières qui bordent le sentier pour ne pas tomber. De notre côté, nous n’en menons pas large, même munis de bonnes chaussures de marche.

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Seul un jeune garçon à l’allure dégourdie semble maîtriser la pente et parvient au sommet sans trop de difficulté.

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Arrivés tant bien que mal en haut du village, aussi incroyable que cela puisse paraître, nous n’avons croisé aucun adulte. Les seuls habitants semblent être des enfants, dont certains vraiment très jeunes gambadent sans surveillance à hauteur respectable sur des balcons aux rambardes plus que rudimentaires.

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Ne vont-ils pas à l’école et où sont leurs parents?

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A suivre…

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17 Responses to “A la rencontre des ethnies Ann et Akha (1)”

  1. AniLouve dit :

    Qu’ils sont beaux, ces enfants ! J’attends avec impatience la fin de l’histoire.

  2. Nathalie dit :

    Superbe tous ces sourires et cette lumière! J’aime bcp le 1ère photo et celle avec le petit garçon en rouge. Merci, ça me donne envie de partir…

    • Christine dit :

      Les enfants étaient tous très souriants, l’accueil faisait plaisir. Moi aussi, je repartirais bien faire un petit tour dans ces collines hors du temps… Merci de ta visite Nathalie.

  3. Cécile dit :

    Quel délice ce récit de voyage! Suspense, rebondissements: nous voici parfaitement avec toi sur ce sentier, à découvrir ce pays magnifique. C’est vraiment un régal de recevoir tout cela. Je suis particulièrement touchée par l’avant-dernière photo: ce petit enfant, son geste, son regard et cette ombre verte m’interpelle et cela créé beaucoup d’émotion. Belle journée à toi Christine, et merci.

    • Christine dit :

      Juste après cette excursions, jJ’avais pris des notes pour ne rien oubiler de ces instants magiques mais en rédigeant ce billet, beaucoup de détails me sont revenus en mémoire. L’expérience m’a vraiment marquée. Ces populations ont une vie tellement différente de la nôtre. Leurs conditions sont rudes mais ils ont l’air très serein. Je suis heureuse que ce récit t’intéresse. A bientôt Cécile.

  4. Polina dit :

    Je t’en prie Christine, continue de nous faire rêver, car ta mémoire doit être une vraie caverne d’Ali-baba après avoir vu tant de merveilles !

    • Christine dit :

      Ma mémoire est surtout riche des rencontres que nous avons faites lors de ce voyage, dans cette partie reculée et encore peu fréquentée par les touristes, tout particulièrement. Je l’explique plus en détail dans mon prochain billet. A bientôt et merci de tes visites Polina.

  5. Françoise dit :

    J’ai hâte de découvrir la suite! de belles photos qui nous font voyager avec toi!

  6. Cela fait « rêver » (ou pas … tous ces enfants seuls) mais tes photos sont magnifiques. J’adore les premières. Vos arrêts ont-ils contribués à rajouter des obstacles sur cette route insolite ? C’est quand même incroyable le décalage entre notre mode de vie et le leur, c’est comme sir le temps s’était arrêté sur certaines régions du monde. Vite, vite, la suite !!

    • Christine dit :

      Nous n’avons pas fait beaucoup d’arrêts sur la route et lorsque c’était le cas, les véhicules nous dépassaient sans problème. Il faut dire qu’il y a avait surtout des scooters et peu de voiture. Dans cette partie de la Birmanie, le décalage est effectivement très marqué. La région n’est ouverte au tourisme que depuis 1993 mais ce n’est que très récemment que les check point ont été supprimés (j’ignore même s’ils l’ont tous été) et la paperasse qu’il fallait remplir pour se déplacer était énorme. Si tu as l’occasion d’aller dans le Triangle d’or, vas-y, l’expérience vaut vraiment le coup. Et si mon Romand l’a fait, ton chéri peut le faire aussi (j’ai l’impression qu’ils sont un peu du même bois ;-))

  7. Quel beau voyage avec en souvenirs de magnifiques photos, quel décalage entre la vie des enfants chez nous et les enfants dans ces pays…

    • Christine dit :

      J’ai l’impression que ces enfants n’ont pas une vie d’enfants très longtemps. Voir des gamins de même pas dix ans s’occuper de tout petit est assez incroyable.

  8. Aaaah !!! Enfin tu rentres véritablement dans le coeur du sujet avec cet article (et le précédent). Le vrai reportage c’est ça : aller là où d’autres ne vont pas (ou peu). Je dois vraiment te dire que ce sont les parties que je préfère de ton voyage car on n’a pas l’occasion de les voir sur les guides touristiques. Je suis convaincue que c’est ainsi que tu arriveras à nous proposer un travail plus personnel : sors des sentiers battus, vas vers ce qui t’intéresses, prend un point de vue qui est ta propre vision des choses 🙂

    • Christine dit :

      Ah ma très chère, tu sais bien que j’y réfléchis mais que tout n’est pas si simple… J’espère que la suite t’intéressera tout autant. A plus 🙂

  9. Isa dit :

    Super reportage qui nous fait découvrir ces contrées birmanes, le dépaysement est total. Je savoure toutes tes photos. Je frémis à la vue de cette misère, ces enfants pieds nus dans la boue… pourtant leur sourire est accueillant. J’aime leur peau à la couleur de la terre. Je vais lire la suite….

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