Death Valais

Dans Ma Romandie un billet écrit par Christine le 23 septembre 2014

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Vous pensez à la Sierra Nevada ou à un canyon des déserts américains  ?

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Détrompez-vous!

Il n’est pas nécessaire de chercher l’extraordinaire et le mystérieux à l’autre bout du monde. Il niche parfois à notre insu tout près de chez nous.  J’en ai eu la preuve cet été. Alors même que depuis près de trente ans, je me rends régulièrement dans le Val d’Anniviers en Valais, je n’avais jusque-là jamais entendu parler de cet endroit hors du commun mais curieusement peu visité par les autochtones et les touristes. C’est en recherchant une balade pas trop corsée à effectuer avec Laurence et sa famille en juillet dernier que j’ai découvert ce lieu envoûtant. Très facile d’accès, on y parvient en empruntant à pied depuis Chandolin un chemin traversant une belle forêt de mélèzes et d’arolles. Après quatre  kilomètres, le sentier disparaît subitement et l’on découvre stupéfait  un gigantesque et vertigineux cirque rocheux de 1500 mètres de hauteur. Le panorama sur lIllgraben, ou trou de l’enfer en dialecte haut-valaisan, est d’une sauvage beauté. Presque dépourvu de végétation, il mêle des nuances crèmes, jaunes et ocres dans un quasi désert minéral. Soumis à une érosion extrêmement active et rapide, le gouffre engloutit petit à petit les sentiers et les forêts qui le jouxtent. Les arbres  du bord s’inclinent lentement et, perdant l’assise de leurs racines, finissent par verser dans le précipice. Seul un dérisoire fil de fer “protégeant” l’arrête du vide, le site est déconseillé aux tout jeunes enfants. Le vertige saisit du reste immédiatement quiconque s’approche trop près du bord. Personnellement, j’en ai immédiatement ressenti le désagréable et caractéristique picotement dans les jambes, de sorte que j’ai préféré m’allonger sur le sol pour prendre mes photos.

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Corinna Bille, auteure valaisanne reconnue,  a dit de cette gigantesque faille: “Cette vallée est le négatif d’une montagne, le lieu de sa disparition… Entaille immense, jaune pâle et rougeâtre, qui s’agrandit chaque année; les arbres se décrochent faîtes en avant, les pierres se cassent, les fentes s’écartent, le sol sonne creux sur les bords; tout au fond s’avance avec des tortillements et des lenteurs un torrent batracien fait de terre devenue liquide”.

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La légende s’est emparée depuis longtemps de ce site d’érosion naturelle unique en Europe.  Selon celle-ci, sur ce qui était alors une prairie verdoyante, venaient paître les vaches de Loèche et d’Anniviers. Jusqu’à ce que cette harmonie soit sapée par des forces maléfiques qui firent s’effondrer la montagne, engloutissant hommes et bêtes. Les quelques pâturages subsistant devinrent inaccessibles depuis Loèche. Les Anniviards en tirèrent profit mais durent en payer le prix à coup de malédictions.

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Aujourd’hui l’entonnoir diabolique de l’Illgraben attire bien davantage les scientifiques du monde entier que les esprits malfaisants. Les géologues y étudient notamment le phénomène des laves torrentielles qui s’y forment presque à chaque orage, alors qu’elles sont très occasionnelles ailleurs dans les Alpes.  Ce mélange de boue liquide et de gravier qui s’écoule à la manière d’une lave de type volcanique peut, grâce à sa densité double de celle de l’eau, transporter aisément des blocs de roches de plusieurs tonnes.

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Si vous souhaitez en savoir davantage sur cet incroyable site long de trois kilomètres sur deux de large ou pourquoi pas vous y rendre, je vous conseille la lecture du guide des lieux mystérieux de Suisse romande de Stefan Ansermet. Il propose encore de nombreuses autres découvertes qui ne manqueront pas d’intéresser les amateurs  de balades inédites.

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20 Responses to “Death Valais”

  1. AniLouve dit :

    Gigantesquement et diaboliquement magnifique. Et bien d’accord, la beauté n’est pas qu’à l’autre bout du monde.

  2. Isa dit :

    Impressionnante cette derniere photo ! La vallée semble s’ouvrir à nous tel un gouffre …

  3. Pastelle dit :

    Extraordinaire et magnifique endroit, dont tu parles et que tu montres d’une manière très poétique… Et où je constate avec plaisir que la nature arrive à pénétrer malgré tout.

  4. Décidément, la Suisse a beaucoup à offrir en termes de merveilles naturelles !

  5. C’est beau mais ça fait froid dans le dos. Il y a par chez nous un endroit de ce style avec un chemin qui borde une falaise verticale de plusieurs kilomètres … vertige garanti !!!

  6. D’une beauté extraordinaire et effrayante, en même temps. Votre texte rend hommage à cet endroit si particulier

  7. Lannic dit :

    Un site qui semble effectivement être très impressionnant et surprenant si l’on se fie à tes photos.
    J’aime tout particulièrement la 4ème où les sapins essaient de survivre et donnent une idée de grandeur de ces falaises et aussi la dernière qui est vraiment extraordinaire avec ce ciel plus qu’inquiétant.
    Merci aussi pour toutes les infos qui accompagnent ces photos.

  8. Bruno dit :

    Merci pour ta venue sur mon nouveau blog ou devrais je dire ma nouvelle plate forme…
    Je ne savais pas que tu me suivais comme cela.
    Je vais essayer de passer te voir un peu plus.
    Je vais sélectionner un peu plus mes blogs et ne pas trop me disperser…
    🙂
    Clément pousse oui…comme tout enfant…hélas ou pas…je ne sais pas mais cela va trop vite…

  9. Ah ! Souvenirs souvenirs effectivement et surtout … réminiscence de ce vertige qui nous a pris de concert avec des réactions différentes mais tout aussi visibles 🙂 Ce que je voudrais signaler pour ceux qui passeraient dans le coin, c’est que le sentier qui y mène est de toute beauté ! A l’époque où nous y sommes passés, en juillet, il était envahi par les azalées en fleurs. Mmmmm, j’y retournerai bien 🙂

  10. Polina dit :

    C’est toute la force de la nature qui se dégage de ces photos : indomptable, sauvage et tout simplement grandiose.

  11. evelyne dubos dit :

    Un endroit fascinant. J’aime bcp l’antépénultième et la dernière bien sûr avec cette masse nuageuse à la belle intensité dramatique, comme une chape au dessus de cette petite ouverture lumineuse.

  12. Seb F dit :

    Déjà clairement, j’adore le titre 🙂
    Ensuite, quel lieu étrange, ca m’interpelle. Merci beaucoup pour la découverte !
    Enfin, belles photos, très impressionnantes ! Ma préférée est la dernière, avec le nuage flottant au-dessus.
    Bravo 🙂

  13. Marie dit :

    Bonjour Christine,
    Ce site est magnifique, les nuances de couleur sur la troisième photo sont superbes, on a du mal à s’imaginer dans les Alpes ! et son histoire est étonnante … à suivre donc au fur et à mesure de son érosion !

  14. Anne dit :

    Je crois que j’aurais du faire tout le voyage allongée par terre… Belles images pour un endroit bien curieux!
    J’avais eu l’impression d’être dans le Nevada aussi autour du Lac du Salagou, au Nord de Montpellier, si tu ne connais pas, vas-y!

  15. Bruno dit :

    Tu fais toujours d’aussi jolie photos et en plus une sacré découverte!!
    Super beau…
    J’aurai le vertige de toute façon mais je serai bien venu…

  16. Cécile dit :

    Que de beauté! C’est somptueux, et ton récit ajoute un plus incontestable et formidable. Maintenant, c’est malin: j’ai envie de partir en vacances aller me promener… 😉 Dans tes photos, l’une me touche plus particulièrement, la 4ème avec sa ligne de “petits arbres” m’invite plus particulièrement à rêver…

  17. Christine dit :

    Bonjour à tous,, j’espère que vous avez passé un agréable w-e et vous remercie pour toutes vos interventions sur ce billet. C’est toujours un immense plaisir pour moi d’en prendre connaissance et de découvrir vos réactions par rapport à mes photos. Je constate que vous n’êtes pas indifférents à la beauté minérale de ce gouffre alpin qui, je vous l’avoue, m’a donné du fil à retordre au niveau photographique. J’aurais aimé trouver un angle original pour rendre son caractère vertigineux mais mes nombreux essais n’ont pas été très concluants. Et pourtant, je suis allée à deux reprises sur ce site. La première fois, en juillet dernier, la seule bonne photo que j’ai prise fut la dernière, toutes les autres n’étaient que des cartes postales sans véritable intérêt. Un peu (et même beaucoup) frustrée, j’y suis retournée à la mi-septembre avec la ferme intention de faire mieux mais je me suis heurtée aux mêmes difficultés. Je n’arrivais pas à fixer sur mon capteur cette impression de vertige qui nous saisit lorsque l’on arrive au sommet de ce précipice. C’est un peu par dépit que je me suis rabattue sur des photos de détails pour mettre en valeur les couleurs et les textures. Comme le relève Lannic, j’ai choisi de cadrer les quelques sapins rescapés de l’érosion et qui semblent minuscules pour donner un idée de l’échelle de cette faille. Laurence qui m’accompagnait lors de la première visite a bien évidemment pris quelques clichés de l’endroit. Je serais très curieuse de voir son interprétation. Peut-être nous les montrera-t-elle sur son site (www. photofolle.net).
    En dehors de ces considérations purement photographiques, c’est vrai que la Suisse recèle de nombreux endroits magiques que cette année, à défaut de voyage lointain, j’ai beaucoup de plaisir à découvrir. Je n’ai donc pas fini de vous promener par monts et par vaux. A très bientôt et bonne semaine:-)

  18. Bonjour à la ‘romande préférée de Laurence”….
    Je ne connaissais pas du tout ce coin là. Merci. C’est très impressionnant.
    C’est amusant, Je ne connaissais pas le IllGraben, j’en étais resté au “rostigraben”..
    cordialement, dominique

  19. Stupéfiante beauté d’un lieu ! Je le note dans un carnet toujours présent à mes côtés, pour ne pas oublier, des fois qu’un jour… Merci et douce journée. brigitte

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